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19 December 2009

J’ai rencontré un ancien leader du commando qui a retenu mon père en otage

Je dédie cette vidéo et ce texte à ma grande soeur Diane. C’est mon cadeau de Noël à ma « Doudou » chérie…

Colombie, le 17 décembre 2009, frontière entre le Colombie et l’Equateur:

Tandis que je faisais la queue au bureau de contrôle des passeports, Rafael de la Rubia me prend à part et me dit doucement: »nous souhaitons te présenter quelqu’un: il s’agit du gouverneur de ce département, Antonio Navarro, ancien leader du groupe M-19 qui a participé indirectement à l’opération de la prise d’otage de ton père et de plusieurs autres ambassadeurs… »

J’en ai eu le souffle coupé et je me suis sentie instantanément envahie par une émotion très forte. Je me suis approché de cet homme presque aussi distingué que l’était mon père, dans le style aristocratique comme lui. Rafa me présente à lui. Dans un premier temps, il ne semble pas saisir à qui il a à faire et me lance un « Nice to meet you! ». Mais quand il voit les larmes poindre dans mes yeux, il devient troublé et Rafa lui explique que je suis la fille d’un ancien ambassadeur suisse pris en otage par ses anciens camarades de lutte, à l’ambassade de République dominicaine à Bogota en 1980. Antonio Navarro n’a pas participé directement à l’assaut de l’ambassade mais en avait été l’un des « cerveaux » et suivait les opérations minute après minute depuis la jungle où il s’était caché.

Malgré ma pudeur et l’intimité de cet instant, nous décidons de filmer cette rencontre pour offrir ce témoignage à la paix et à la réconciliation. Dans un premier temps, Antonio Navarro est tendu et légèrement sur sa défensive. Puis, devant ma sincérité et mon désir profond de transformer les souffrances du passé en une énergie de paix et d’espérance, cet ancien guérillero capitule. Il me présente ses excuses et à ma famille. Il semble à son tour assez ému. Après de nombreuses tragédies dont la prise de plus de 300 personnes en otage sur le lieu de la Cour Suprême colombienne se soldant par une centaine de morts en 1985, le mouvement M-19 finira par déposer les armes et à renoncer à la violence pour se reconvertir en parti politique. « Nous avions pris conscience que la violence ne conduit nulle part » a-t-il expliqué pendant notre échange.

Quand le présent transformé répare le passé...

Quand le présent transformé répare le passé...

Nous nous prenons dans les bras. Le temps a suspendu son vol. Là encore, à cet instant, il n’y a ni victime ni bourreau, ni bon ni méchant. Il n’y a qu’une énergie d’amour qui répare tout. Et si c’était, entre autre, grâce à ce drame que je marche aujourd’hui et que j’ai trouvé du sens à ma vie?
En priorité, je souhaite dédier cette rencontre à ma grande soeur Diane qui, comme moi, a souffert de cet épisode de notre vie. Nous avions 14 et 18 ans et tous les jours, nous craignions pour la vie de notre père qui avait été séparé des autres otages, pour être tué le premier au cas où les autorités colombiennes ne répondaient pas aux revendications du commando. Finalement, la prise d’otage s’est achevée avec la libération des otages à Cuba, le jour de mon anniversaire, le 28 avril 1980.

Ensuite, je souhaite offrir ce témoignage à toutes les familles colombiennes qui ont été touchées et sont encore affectées par l’enlèvement ou la séquestration de l’un de leur proche. Selon David Nassar, coordinateur pour la Marche Mondiale en Colombie, de mémoire d’hommes, jamais une rencontre « spontanée » entre un membre de la famille d’un otage et un ancien preneur d’otage n’a été possible. « Votre réconciliation représente un espoir immense pour tous » m’a confié Tomy Hirsch, porte-parole de la Marche en Amérique Latine, encore stupéfait par ce dont il venait d’être témoin.

La vie m’offre l’un des plus beaux cadeaux de Noël. Je suis comblée de le partager avec ma grande sœur, ma famille et mes amis colombiens.

Antonio Navarro a achevé notre rencontre pas ces mots: » il n’y a pas un jour où nous ne parlons pas des derniers actes de violence dans notre pays. Il n’y a pas un jour où la violence ne vient pas frapper à ma porte. Cependant, aujourd’hui est un grand jour pour moi car, pour la première fois, c’est la paix qui est venue me rendre visite. »

La guérison

La guérison

5 comments to J’ai rencontré un ancien leader du commando qui a retenu mon père en otage

  • thank you, dear Isa, for sharing with us this experience.
    big hug

  • Susana Urbina

    Chère Isabelle: Je ne t’ai pas encore rencontrée, mais je le ferai â Santiago pour t’embrasser.
    Je te remercie pour toutes les vidéos magnifiques que tu nous a fait cadeau tout au long du parcours.
    Et encore plus pour ton témoignage de ta rencontre avec les enfants et Anderson.
    Merci beaucoup pour partager cette expérience profonde de réconciliation avec quelqu’un qui t’a profondement blessée…Ce sont ces actes qui contribuent à la grandeur humaine.

  • Rosi

    Bella Isabel! bella por esta magnifica demostración de que el Amor y el Perdon pueden cambiarnos y mejorarnos, y darle el mayor de los sentidos a nuestras vidas!! y muchisimas gracias por conmpartirnos esta experiencia!!
    Un enorme abrazo
    Rosi

  • Querida Isabel. Te saludé en inglés con el saludo de Francisco de Asís. Recuerdo por la historia, uno de los momentos humanos mas significativos que impactó mi corazón. Se había organizado una cruzada para ir a luchar contra el sultán. Francisco adelantándose, llegó primero. Impresionó a los musulmanes, porque los guardias le habían soltado dos guepardos para que lo mataran y él los estaba acariciando. Allí notaron que era un hombre especial. El le dijo al sultán que Dios lo quería y no creyera que los que venían detrás de él, en son de guerra, venían en nombre de Dios, aunque lo dijera. Porque Dios es Padre de todos los hombres. Si todos fueran como tú, dijo el sultán, yo creería. Es el día de hoy que los franciscanos son valorados por los musulmanes, y cuidan Tierra Santa.

    Si todos fueran como tú Isabel… muchos creerían en la paz

    Un abrazo fraterno para tí. Gracias por regalarme otra experiencia significativa para mi vida.

    Julio Daniel Nardini