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5 December 2009

(Français) Washington DC: sur les pas des grandes hommes d’hier et d’aujourd’hui…

1 er décembre

Notre passage à Washington fut une étape particulièrement symbolique pour moi. Je suis née à Washington voilà 43 ans quand mon père était jeune diplomate suisse dans la capitale. Sur les marches du célèbre monument Lincoln où tant de grands hommes en ont fait rêvé d’autres avec leur discours, j’ai pu prendre la parole pour lui rendre hommage, à lui qui à sa manière a contribué à promouvoir le dialogue entre la Suisse et les autres pays. Être ici, sur les pas de mon père comme sur ceux de Martin Luther King, donne du sens à ma vie. Père biologique, père spirituel. Je suis fière de revenir sur le lieu de ma naissance pour témoigner de mon engagement en faveur de la paix et la non-violence au-delà des frontières, des identités nationales et religieuses. Sur cette esplanade où Martin Luther King a tenu son fameux discours “I have a dream” devant plusieurs dizaines de milliers de personnes électrisées par son charisme, nous autres de la Marche, nous nous adressons à un public fantôme. Personne n’est venu à notre évènement aujourd’hui sinon la pluie et une vue imprenable sur le fleuve Potomac. Et bien c’est cela que je retiendrai de cet instant: l’enthousiasme et l’énergie des orateurs s’adressant à rien sinon au frémissement de la pluie auquel se sont ajoutés quelques cris et rires de jeunes touristes chinois bien plus fascinés par les chevaux de la police montée du monument Lincoln que par nos beaux discours.

J’ai été bouleversée aussi par le témoignage de ce jeune vétéran, Josh Stieber, qui après une mission de six mois en Iraq, a déposé les armes, s’est fait objecteur de conscience et dédie désormais sa vie à promouvoir le dialogue au lieu de la terreur. Il a expliqué qu’il était au début, comme ses jeunes camarades, convaincu que la force était la seule manière de faire plier “l’ennemi”. L’expérience lui a démontré que se mettre à table avec ceux qu’il soupçonnait d’avoir commandité des attentats était beaucoup plus productif que la menace et les intimidations. Josh a aujourd’hui un blog sur lequel il milite auprès des jeunes pour les aider à sortir des croyances qui leur ont été inculquées.

Dans la soirée, notre équipe a été reçue avec chaleur et générosité par le Premier Secrétaire de l’Ambassade de Suisse et son épouse, Guillaume et Farin Scheurer dont j’ai le privilège d’être l’amie depuis ma mission en Iran pour le compte de la Croix-Rouge internationale. Nous avions sympathisé en 2003 à Téhéran. Encore une fois, je suis émue de me retrouver dans le même “décors” que celui mon père 40 ans plut tôt… Discussion vive et passionnante avec les hôtes de Guillaume dont les représentants de quelques pays qui soutiennent la Marche mondiale. Explosés de fatigue à 22heures déjà, nous rentrons dans notre pension tenue avec soin et propreté par des membres de la communauté Quakers qui nous accueillent avec les mêmes convictions que les nôtres. Pour l’histoire, les quakers ont joué un rôle majeur dans l’abolition de l’esclavage aux États-Unis. Leur mouvement est l’un des premiers exemples de groupes religieux militant en faveur des droits de l’homme. Il est champion de l’égalité des droits pour les femmes et les minorités religieuses et raciales depuis pratiquement 1640, l’année de sa fondation en Angleterre. Les quakers (littéralement « les trembleurs », d’après la phrase de leur fondateur George Fox recommandant au juste de trembler devant la parole de Dieu) ont été parmi les premières et les plus insistantes des voix à se faire entendre contre l’esclavage et le commerce des esclaves tant en Angleterre qu’aux États-Unis et ils ont été à la tête du mouvement abolitionniste qui précéda la guerre civile aux États-Unis au XIXe siècle.

2 décembre:
Image 1

Matinée passionnante. Nous rendons visite à des membres du Congrès ou à leur assistant dans le célèbre Capitole. Je me suis retrouvée en plein film hollywoodien avec des officiers tirés à quatre épingles et bardés de médailles et d’écussons, des secrétaires en tailleur et en talons hauts, un drapeau américain devant chaque bureau rattaché à un représentant du Congrès, des colonnes de marbre rutilante devant lesquels nous nous sentons très petits…
Nous avons été reçus par l’adjointe du célèbre congressman John Lewis, dernier survivant parmi les organisateurs de la célèbre Marche contre la ségrégation intitulée “Freedom Rides” en 1961, aux côtés de Martin Luther King. Il a été arrêté 40 fois et reste aujourd’hui l’une des dernières grandes figures pacifistes du pays. Nancy Pelosi, chef de file du parti démocrate à la Chambre des Représentants, a elle-même surnommé John Lewis “la conscience du Congrès américain”. Nous avons donc l’honneur de susciter l’intérêt de son assistante, Jamila Thompson, qui nous a reçu comme des amis. Un à un, elle nous a demandé quelles étaient nos motivations et nous a écoutés avec des yeux écarquillés, plein de cette pureté qu’a le regard des enfants encore capable de s’émerveiller. J’ai été touchée par son humilité , sa jeunesse et sa joie de vivre. Elle nous a fait visiter ce bureau qu’elle partage avec l’une des plus grande figures politiques américaines en commentant chacune des photos encadrées relatant les grands moments de la vie de John Lewis et de l’Histoire des Etats-Unis.
Et savez-vous quelle fut la cerise sur le gâteau? Dans l’après-midi même, le représentant John Lewis en personne a fait voter une résolution de soutien en faveur de la Marche Mondiale pour la Paix et la Nonviolence! En voici le libellé (en anglais):

http://johnlewis.house.gov/index.php?option=com_content&task=view&id=719&Itemid=1

Comme quoi, nos petits pas commencent à laisser des empreintes bien concrètes…

Nous avons également été reçu par le “staff member” du Représentant Keith Ellison, absolument charmant, ravi lui aussi de notre visite. Il a même tenu ces propos fort sympathiques: “Je me sens complètement confus que Monsieur Ellison n’aie pu se rendre disponible pour vous rencontrer alors que Ban-Ki-Moon a pris le temps de vous recevoir avant-hier!” Nous avons éclaté de rire et on avait presque envie de le prendre dans nos bras.

J’ai été impressionnée par la gentillesse et l’ouverture de ces Américains agissant dans les hautes sphères du pouvoir. Comme j’ai été conquise aussi par la jeunesse d’esprit et la bienveillance de tous ces Américains que nous avons croisés, au cours de notre Marche comme au Capitole. Aujourd’hui, je sais pourquoi je suis née à Washington et je suis fière que l’histoire de ma vie ai passé et repasse aujourd’hui par l’Amérique.

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